MEMOIRE

Tzetan Todorov, Us and the others The French reflection on the human variety

” It is not about a complete naivety, about a total ignorance; much rather of an unstable balance between surprise and familiarity, between distance and identification. The happiness of the exote is fragile: If he does not know enough the others, he does not understand them yet; if he knows them too much, he does not see them any more. The exote cannot settle down in the tranquillity: quickly realized, his experience is already dulled; immediately arrived he has to get ready to leave; as said Segalen, he has to cultivate the only alternation. That is why maybe the rule of the exoticism was converted, very frequently, by rule of life in artistic process: it is the ostranenie of Chklovski or Verfremdung de Brecht (in English: the distance). ”

I come from two very different cultures which naturally influenced me and quartered. Girl of a traveler, I did not stop travelling. Some years here in France, some years quite over there in Hong-Kong or in New Calédonie, some years there in South America. The change of environment and people was a part of my life. Searching my identity and my place in the crowd of people i decided to make an art carrer. It is difficult to manage the interaction between “we”, membership in a social-cultural group, and the “others”, the rest of the world. Or better between variety of the peoples and unity of the human being. The traveler is a tightrope walker in search of surprise and novation. Beyond the enrichment of the human relation ship, he builds his identification. But his bulimia prevents any implanting and makes him insatiable. As the artist, the traveler made his perpetual imbalance his force and his wealth to feed his project of life, or feed his work.

” In our daily existence, the automatisms of the life make us blind: we take for nature what is only conventional, and the custom subtracts from the perception a multitude of gestures. The foreigner has not this handicap: not sharing our customs, he perceives them instead of undergoing them; for him we are not natural, because he proceeds constantly by implicit comparison with his own country, what gives him the privilege to discover our lacks. This particular lucidity was raised for a long time ( Persians in Paris from Montesquieu) ”

Art and journey are a way out from the routines of life, an antidote of boredom. The exploration of the traveler as the artist obliges a continuous awakening which favors a better perception of what surrounds them. The discovery avoids the prejudice and made reappear the main part. The art is the lucidity of our condition.

” The formula of Rousseau about the philosophic journey was the following one: observe the differences to discover the properties. There would be two facets of the philosophic journey: humility and pride; and two movements: the lessons to be taken and the lessons to be given. Observe the differences: it is a work of learning, gratitude of the human variety. Such one is the virtue of the journey according to Montaigne: he offers us the best means ” to rub and file our brains against that of autruy ” ( Attempts, I, 26, p. 152); and even if, for Montaigne as for Michaux later, the purpose is to know itself, the journey is not less indispensable: is while investigating the world one go deeper in his self. ”

The geographic traveler and the introspective traveler proceed of the same mechanism: they observe the differences. And besides, these two journeys are in interaction by getting rich mutually. In my work on the portrait I was confronted with an individual with his identity but also with his anonymity. We can take his identification from the identity which comes of “we”, and at the same time to dilute his self in everything from outside contributions of identity conveyed by the media or the consumption.

The journey is an artistic périgrination, the art is a transverse progress.

Marjorie Brunet Plaza

June 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MEMOIRE

Tzetan Todorov, Nous et les autres La réflexion française sur la diversité humaine
« Il ne s’agit pas d’une naïveté complète, d’une ignorance totale; bien plutôt d’un équilibre instable entre surprise et familiarité, entre distanciation et identification. Le bonheur de l’exote est fragile: s’il ne connaît pas assez les autres, il ne les comprend pas encore; s’il les connaît trop, il ne les voit plus. L’exote ne peut s’installer dans la tranquillité: à peine réalisée, son expérience est déjà émoussée; aussitôt arrivé il doit se préparer à repartir; comme le disait Segalen, il doit cultiver la seule alternance. C’est pourquoi peut-être la règle de l’exotisme a été convertie, très fréquemment, de précepte de vie en procédé artistique: c’est l’ostranenie de Chklovski ou la Verfremdung de Brecht (en français: la distanciation). »

Je suis née de deux cultures très différentes qui m’ont bien sûr influencée et écartelée. Fille d’un voyageur, je n’ai cessé de voyager. Quelques années par ici en France, quelques années tout là-bas à Hong-Kong ou en Nouvelle Calédonie, quelques années par là en Amérique du Sud. Le changement d’environnement et de personne faisait partie de ma vie. Et si j’ai voulu faire de l’art c’est pour mieux rechercher mon identité et pour mieux trouver ma place dans la foule des Hommes. Il est difficile de gérer l’interaction entre le « nous », appartenance à un groupe social-culturel, et les « autres », le reste du monde. Ou mieux encore entre diversité des peuples et unité de l’espèce humaine.
Le voyageur, quant à lui, est un funambule en quête d’étonnement et de novation. Au delà de l’enrichissement du rapport humain, il construit son identification. Mais sa boulimie empêche tout enracinement et le rend insatiable.
Comme l’artiste, le voyageur fait de son perpétuel déséquilibre sa force et sa richesse afin de nourrir son projet de vie, ou de nourrir son œuvre.

« Dans notre existence quotidienne, les automatismes de la vie nous aveuglent : nous prenons pour naturel ce qui n’est que conventionnel, et l’habitude soustrait à la perception une multitude de gestes. L’étranger, lui, n’a pas cette handicap: ne partageant pas nos habitudes , il les perçoit au lieu de les subir; pour lui nous ne sommes pas naturels, car il procède constamment par comparaison implicite avec son propre pays, ce qui lui donne le privilège de découvrir nos manques, c’est-à-dire ce qui ne se voit pas. Cette lucidité particulière a été relevée depuis longtemps (c’est celle, des Persans à Paris chez Montesquieu)»

Art et voyage sont un échappatoire aux routines de la vie, un antidote à l’ennui. L’exploration du voyageur comme celle de l’artiste oblige un éveil continu qui favorise une meilleure perception de ce qui les entoure. La découverte évite l’a priori et fait resurgir l’essentiel. L’art est la lucidité de notre condition.

« La formule de Rousseau à propos du voyage philosophique était la suivante: observer les différences pour découvrir les propriétés. Il y aurait donc deux facettes du voyage philosophique: humilité et orgueil; et deux mouvements: les leçons à prendre et les leçons à donner. Observer les différences: c’est un travail d’apprentissage, de reconnaissance de la diversité humaine. Telle est la vertu du voyage selon Montaigne: il nous offre le meilleur moyen de « frotter et limer notre cervelle contre celle d’autruy » (Essais, I, 26, p.152); et même si, pour Montaigne comme pour Michaux plus tard, le but est de se connaître soi-même, le voyage n’en ai pas moins indispensable: c’est en explorant le monde qu’on va le plus au fond de soi. »

Le voyageur géographique et le voyageur introspectif procèdent du même mécanisme: ils observent les différences. Et qui plus est, ces deux voyages sont en interaction en s’enrichissant mutuellement. Dans mon travail sur le portrait j’ai été confronté à un individu avec son identité mais aussi avec son anonymat. On peut puiser son identification avec l’identité qui vient du « nous », et en même temps se diluer dans tout les apports d’identité extérieurs véhiculés par les médias ou la consommation.
Parmi les œuvres de Thomas Schütte, on remarque un intérêt pour la représentation de la condition humaine d‘aujourd’hui. Son œuvre « dreiakter » (pièce en trois acte, 1982) est significative de la délicate subjectivité qui échappe à l’égoïsme et d’une vision critique sans parti pris.
Le voyage est un périgrination artistique, l’art est un cheminement transversal.

Marjorie Brunet Plaza

Juin 2005